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Les élèves de CM2 de l’école de Rompsay dessinent l’avenir désirable de leur quartier

  • Photo du rédacteur: lespandasroux
    lespandasroux
  • il y a 12 heures
  • 8 min de lecture

Entre mars et mai dernier, Les Pandas Roux ont pris part à une aventure vivifiante : accompagner les élèves de CM2 de l’école de Rompsay à Périgny (17) ainsi que les résident·es de l’EHPAD voisin et quelques « décrocheur·euses » du lycée Saint-Exupéry de La Rochelle dans l’imagination d’un quartier désirable à horizon 2040. Ont jailli des échanges savoureux, une chronique radio et des haïkus diffusés lors de la « Parade pour un joli monde » qui s’est tenue autour de l’école le 30 mai dernier. Le tout sous le haut (et bienveillant) matronnage des artistes du fier-lieu la « Maison Müe ».




Anne-Lyne, directrice de l'école de Rompsay et ses élèves de CM2 à la "parade pour un joli monde"




Ça faisait bien longtemps que nous avions envie d’organiser des ateliers d’écriture intergénérationnels pour dessiner collectivement des futurs enviables. Mais porter ça seuls ne nous emballait pas. Et l’occasion de trouver des partenaires pour le faire ne s’est jamais présentée. Jusqu’à ce que nous croisions la créative et bouillonnante Marine lors d’une soirée « Givrée » organisée par les camarades de KPA La Rochelle en début d’année. « Je rêve de lancer des ateliers d’écriture intergénérationnels pour imaginer des futurs désirables mais je ne sais pas comment m’y prendre », lançait faussement désabusé Thibaut, co-fondateur des Pandas Roux, à Marine. Et Marine de répondre dans sa combinaison de ski, lunettes et bonnet sur la tête (ben oui c’était une soirée « Givrée ») : « Ah ben ça tombe bien, j’ai un projet qui pourrait te plaire qui démarre bientôt donc appelle-moi d’ici quinze jours pour en parler ». Thibaut a appelé.



Peuple du passé, peuple du présent et peuple du futur


« Les petites sections de maternelles, ce sera le peuple de « celles et ceux qui lient et qui relient », les moyenne sections, ce seront « ceux et celles qui apportent la douceur, le réconfort, qui doudouent, qui redouent, là pour les petits et grands chagrins mais pas seulement…», tu auras aussi les CE2, « ceux et celles qui connaissent le langage des oiseaux, des plantes, des arbres, des animaux….», et chacune des huit classes de l’école aura un rôle. Je pense que tu pourrais travailler avec la classe d’Anne-Lyne, la directrice qui a la classe de CM2, qui sera le peuple de « celles et ceux qui connaissent le passé, le présent, pour prévenir le futur... « questionneu(se)s », passeurs, sages, porteurs de sens, garants du collectif et de l’équilibre, …». Anne-Lyne travaille aussi avec l’agglo sur un projet d’imagination d’éco-quartier en 2040… » Ce doux matin de février où le soleil inonde la pièce de création de la Maison Müe attenante à l’école, Marine est intarissable. Il faut avouer que le projet « Müe & Peau, parade pour un joli monde » qu’elle décrit est particulièrement enthousiasmant. Pour célébrer la fin de l’année, une parade est co-organisée par l’école et la Maison Müe sur le thème « tisser et tricoter », dans un esprit « Nouveau Monde » (rien à voir avec des velléités colonialistes passées, hein !). Chaque classe a ainsi un rôle à jouer pour créer une œuvre collective dont le but est de fédérer, amener les habitant·es du quartier à se rencontrer, à prendre le temps d’être ensemble de façon inventive et positive. D’investir et d’habiter joyeusement son espace qui pourrait devenir un cœur de vie... là où le quartier est plutôt atone les week-end. Un projet qu’on ne saurait refuser.




« Je rêve ce lieu… »


La mise en relation avec Anne-Lyne, Magalie et « Mamie Claire » se fait dans la foulée. Un temps de réflexion est organisé. Dès les premiers échanges, les envies convergent et les idées fusent. « Pourquoi ne pas leur proposer d’imaginer ce que seraient des lieux de rencontre » propose très finement « Mamie Claire », maman de Marine - ancienne médiatrice sociale et artiste dans l’âme - qui emballée par le projet a souhaité s’y joindre. « J’adore l’idée ! Est-ce qu’il faut préciser que ce doivent être des lieux désirables avec une dimension écologique ou ne pas trop cadrer pour leur laisser la liberté de création ? », rebondit Thibaut. « Alors, il vaut mieux cadrer car les jeunes que j’accompagne, si tu leur dis « lieu de rencontre idéal », ils peuvent te sortir des trucs du style « chez moi, dans mon canap, avec des séries Netflix ! », précise en forçant un peu le trait Magalie, professeure au lycée Saint-Exupéry de La Rochelle, en charge de la classe d’une petite dizaine de « décrocheur·euses », des lycéen·nes en quête de sens. « Sur la forme, je pense qu’il faut aussi cadrer car mes élèves, ça peut partir dans tous les sens et la capacité de concentration est limitée. Je propose qu’ils travaillent des haïkus, vous savez, ces petits poèmes japonais très codifiés qui font trois vers », ajoute Anne-Lyne. Banco ! Un échange et quelques semaines plus tard, une première séance est planifiée un après-midi d’avril ensoleillé dans le jardin de l’EHPAD de Rompsay, à quelques mètres de l’école. L’objectif ? Créer des haïkus pour chaque lieu dans lesquels la parade fera halte : la « dune-bosse », la « cabane d’un autre regard », la « place de la joie et des échanges » et un terrain de pétanque rebaptisé en « rectangle de l’amusement ». Pour faciliter le travail de création des groupes intergénérationnels qui seront constitués à l’occasion, « Mamie Claire » propose judicieusement de travailler sur quelques mots clés à réutiliser et des questions à se poser pour chacun·e des créateur·ices : « ce que ce lieu me dit ? », « ce que ce lieu me fait ? », « comment je rêve ce lieu ? ». Six groupes composés de cinq élèves de CM2, d’un·e ou deux lycéen·nes et d’un ou deux résident·es de l’EHPAD ont ainsi été constitués, parés à créer.




La magie là où on ne l’attendait pas ?


Un doux après-midi d’avril dans les jardins de l’EHPAD de Rompsay…

« Ben ch'sais pas moi ! Le lieu il me dit rien… »

« La cabane d’un autre renard… ? Ah « regard ». Pardon, c’est que j’entends pas bien… »

« Ben le rectangle de l’amusement, c’est là où on s’amuse… »

« Moi j’ai rien compris à ce qu’il faut faire… »

Après une demi-heure de séance créative qui ne peut durer qu’une heure, temps réel d’une fenêtre de tir entre la sieste et le goûter à l’EHPAD (qui correspond peu ou prou au temps d’attention que peut accorder un·e élève de CM2 à un sujet), on ne peut pas dire que la créativité est à son paroxysme pour le groupe que vos serviteurs a à animer. Il faut confesser que demander de restituer sous forme de « haïkus » - forme poétique qui ne parle pas à tout le monde - ce que des lieux imaginaires tels que « le rectangle de l’amusement », « la dune-bosse » ou autre « place de la joie et des échanges » font ou disent à des jeunes et « jeunes depuis plus longtemps que les autres » qui découvrent le projet sans avoir eu un exposé des consignes collectives ni même un temps d’inter-connaissance préalable, c’était un peu ambitieux. Alors, plus que les idées créatives, ce sont les échanges informels qui fusent : « T’écoutes quoi comme musique ? Tu connais [impossible pour les Pandas dépassés que nous sommes de retenir le nom du chanteur mentionné par Héloïse, élève de CM2] » « Ouais ! Mais moi je préfère [Nouveau nom inconnu de vos serviteurs]» rétorque Maëline à une Héloïse fascinée par son ainée de quelques années. Et puis, soudain, à la table derrière la nôtre, Jeanne, 84 ans, entonne « La Java Bleue ». Immédiatement reprise par les jeunes qui l’entourent. Durant deux minutes suspendues, créer des haïkus, projet probablement alambiqué pour les participant·es, n’est plus le sujet. C’est pourtant probablement dans ces deux minutes de symbiose entre les générations que se niche sa réussite.



Pour écouter des fragments d'échanges lors des phases de création :





Ici Radio Rompsay, les CM2 (presque) à l’antenne !


C’est sur cet instant magique que s’est achevée la première séance. Avant la seconde qui devait nous voir enregistrer les poèmes pour qu’ils soient audibles lors de la parade. Entre temps, Anne-Lyne et sa classe ont travaillé à dessiner des plans du quartier de Rompsay revus à l’aune de ce qu’il devrait être, écologique et solidaire, à l’horizon 2040. La directrice, qui ne manque pas d’idées et d’énergie pour élaborer des contenus pédagogiques créatifs et didactiques, nous a alors sollicités pour enregistrer une chronique radio en direct de la parade pour un joli monde… de 2040. Lors d’une matinée à phosphorer sur les bases d’un texte préalablement rédigé par Anne-Lyne, les 22 élèves de CM2 ont alors enrichi ce premier jet, imaginé un nom et une signature pour leur radio puis enregistré différentes moutures jusqu’à créer une réelle chronique. Informative, drôle, onirique. Que vous pouvez retrouver ci-dessous.





Puis ont jailli les Haïkus


Début mai.

Retour à l’EHPAD de Rompsay. Faute d’une météo clémente, dans l’espace restauration cette fois. C’est toujours ça de pris pour se rapprocher du goûter de 16h tapantes, nous direz-vous ! De nouveaux groupes, toujours hétérogènes, se sont constitués et le processus créatif a repris, fluidifié. De nombreux haïkus jaillissent. Et de belles complicités. Comme celle entre Clémence, jeune lycéenne et Jacqueline (de Lille !), résidente de l’EHPAD. Au moment d’enregistrer les petits poèmes, Clémence souffle chaque vers à Jacqueline qui les déclame avec entrain dans un amusement complice qui fait plaisir à voir. Derrière notre micro, on ne peut s’empêcher de penser à ces 25% de la population française qui déclarent souffrir de la solitude. Et on a parfaitement conscience qu’en ces lieux, même si les résident·es semblent bien traité·es et bénéficient d’attention et de nombreuses activités (comme le dispositif À vélo sans âge que nous avions raconté ici), la solitude guette. À cet instant précis, haïkus ou pas haïkus, on est heureux d’avoir trouvé un prétexte pour permettre ces rencontres. D’autant que les nombreux haïkus finalement créés et enregistrés sont d’une grande beauté. On confesse un coup de cœur pour ceux de « Mamie Claire » qui s’est décidément prise au jeu, particulièrement inspirée par la rencontre avec des résident·es en partance pour une sortie « À vélo sans âge » sur le perron de la résidence. Tous sont à retrouver ici :


La dune-bosse




La cabane d’un autre regard





La place de la joie et des échanges




Le rectangle de l’amusement





Haïkus voyageurs






La parade pour un joli monde


Samedi 30 mai au matin, la cour de l’école et la Maison Müe sont en ébullition.

Dans la première, chacun·e se retrouve avec pancarte et déguisement, saluant le style des un·es et des autres et pérorant sur sa prestation à venir.

Dans la seconde, défilent celles et ceux qui, comme vos serviteurs, sont venu·es sans déguisement et peuvent espérer glaner un chapeau fait de récup’ pour prendre part à la parade. Qui se ponctue sur la dune-bosse par une présentation de chaque petit peuple via une mise en conte où la magie des mots associés aux tableaux conçus par chaque classe séduit la foule des parents et curieux·euse venues assister à l’événement. Nouvel instant poétique où les mots amusent, apaisent, relient.

Cette parade dont vous trouverez quelques photos ci-après fut un beau moment de joie, festif et créatif. Elle n’aurait pas été possible sans la maestria que déploie la Maison Müe, son collectif d’artistes, les gens qui gravitent autour et sans la créativité, la pugnacité et la bienveillance de sa coordinatrice Marine qui nous a permis de prendre part à un petit bout de l’aventure contée dans cet article.

On veut aussi chaleureusement saluer la douceur et les idées malignes de « Mamie Claire », qui a ensoleillé les instants partagés. Enfin, on tient à souligner la chance que nous avons, nous, « petits peuples » de La Rochelle, d’avoir des professeure et institutrice-directrice comme Magalie et Anne-Lyne, qui ne comptent pas leurs heures (contrairement aux légendes urbaines qui circulent de plateaux TV en repas dominicaux) pour imaginer et concevoir des dispositifs pédagogiques enthousiasmants afin d’accompagner et transmettre aux jeunes générations dont une partie en est au début de son éveil-éducation et l’autre, déjà échaudée par des cursus « pas toujours » adaptés, se cherche et a besoin de souffler pour mieux se trouver. C’est à ces quatre femmes (hasard ?) ordinaires et extras que nous dédions cet article.




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