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Nature en ville - Épisode 1 : « Notre priorité, c’est l’adaptation et la préservation !» 

Adaptation au changement climatique, préservation et restauration de la biodiversité, gestion de la ressource en eau, droit « au beau », agriculture urbaine, bien-être des citoyen·ne·s… la question de la nature en ville est au carrefour de nombreux sujets. Dans ce premier épisode, nous les explorons avec l’exemple de La Rochelle, guidés par Chantal VETTER, adjointe au maire en charge, entre autres, de la nature en ville.



Chantal VETTER, adjointe au maire en charge de la nature en ville, de la végétalisation, de la biodiversité, du littoral et de la protection des cotes, des cimetières et du parc animalier.



Ville médiévale bordée par l’océan et les plaines céréalières, La Rochelle s’étend sur presque 30km2 carrés et héberge près de 80 000 habitant·e·s. Historiquement très attachée à la préservation de l’environnement et à la qualité de la vi(ll)e, elle s’est lancée en 2019 un objectif ambitieux : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2040. À l’heure où l’atténuation et l’adaptation au réchauffement climatique sont (presque) dans toutes les consciences, à La Rochelle, on agit.




15% de la surface de la ville dédiée aux espaces verts


Soit 440 hectares d’espaces verts en tous genres : parcs, jardins, massifs, espaces naturels aménagés (deux marais urbains), jardins familiaux et même cimetières. Cela fait environ 56m2 d’espaces verts par habitant·e (l’Organisation Mondiale de la Santé en recommande 15m2). En matière de gestion de ces espaces, la politique de la ville de La Rochelle est de s'adapter au réchauffement climatique et de préserver et restaurer l’existant en essayant d’étendre la surface pour mieux protéger les habitant·e·s des vagues de chaleurs et autres canicules à venir.



85 %

des Français considèrent importante la proximité avec un espace vert.

Source : (UNEP-IFOP, 2016)




50 îlots de fraicheurs d’ici 2026


Avec le réchauffement climatique, les épisodes de chaleur vont se multiplier et s’intensifier. Pour adapter la ville, globalement bétonnée et minérale, à ces phénomènes, une étude a été lancée pour cartographier et caractériser les différents espaces de la ville : îlots de chaleur et îlots de fraicheur, zones perméables et imperméables, zones végétalisées et peu végétalisées… afin d’établir un plan d’action concret. Résultat, la ville s’engage à passer d’une trentaine d’îlots de fraicheur à cinquante d’ici à 2026, à créer des "parcours fraîcheur" - des zones ombragées entre deux îlots de fraicheur - comme c’est le cas entre la piscine Lucien Maylin et le parc Franck Delmas sur plusieurs kilomètres (parc Charruyer, Allée du Mail) - et de réduire les îlots de chaleur (par exemple la désimperméabilisation et plantation d’arbres sur une partie de la place Montréal assez bétonnée et peu ombragée dans le quartier de la Pallice).



Îlots de fraîcheur

Les îlots de fraîcheur sont des lieux d'accueil, de halte et/ou de repos ouverts au public et qui sont source de rafraîchissement comparé à leur environnement proche en période chaude ou caniculaire.

Agence parisienne du climat


3 à 5 °C

est la baisse de la température urbaine que les arbres d’ombrage permettent d'apporter.

Ils diminuent aussi de 50 à 60 % la consommation énergétique de la climatisation.

Source : ADEME



Préservation et restauration de la biodiversité


Insectes pollinisateurs, oiseaux, petits mammifères, poissons, végétaux, arbres, champignons… la biodiversité (la vie sous toutes ses formes) est indispensable au bon équilibre des écosystèmes dont les humains dépendent, même en ville. Pour préserver la vie et restaurer ces écosystèmes qui nous rendent un tas de services (puits de carbone, promenades, habitats du vivant, etc.) la ville travaille sur plusieurs axes.

> Préserver et restaurer l’existant. C’est le cas du marais de Tasdon qui, après 3 ans de travaux, a fait peau neuve en 2021 et qui semble, selon les premiers tests des scientifiques (Labo LIENSs de l’université de La Rochelle), de nouveau être puits de carbone. En plus de retrouver de nombreuses espèces - comme l’avocette élégante chère à Chantal VETTER - parfois disparues et qui viennent (re)nicher dans cet écosystème naturel urbain qui vaut la promenade. Il compte désormais 154 espèces d'oiseaux, 20 espèces de mammifères, 15 espèces de poissons, 8 espèces de batraciens et des centaines d'insectes.



Marais de Tasdon après renaturation


> Adopter la fauche tardive. Cela permet aux insectes pollinisateurs de jouer leur rôle et aux oiseaux de nicher. Bref, au vivant de se développer et aux sols de respirer et de s’enrichir. Il peut en effet y avoir un écart de 20 à 25°C de différence entre un sol nu et un sol non fauché.


Fauche tardive du Parc Charruyer


> Devenir refuge LPO. La ville a labellisé 24 sites et établissements publics « refuge LPO » sur 118 ha. Pour cela, elle s’est engagée à avoir une gestion écologique des espaces labellisés et à respecter une charte et 15 gestes fondamentaux comme « Limiter la pollution lumineuse », « Interdire la chasse », « Limiter son emprise au sol » sur ces sites.

> Appel à végétaliser les rues. La Rochelle a lancé des opérations comme « Jardinons la rue », destinée à tous les citoyen·ne·s ou « Jardinons le coeur de ville » destinée aux commerçant·e·s. L’objectif est simple : chacune et chacun est invité·e à semer des graines de plantes mellifères sur son bout de trottoir ou dans des bacs et à ne pas enlever celles qui viennent naturellement : excellent pour les insectes pollinistaeurs et pas désagréable pour la vue. Bien évidemment, tous les goûts sont dans la nature ! En revanche, si les habitant·e·s peuvent arracher les « mauvaises herbes » (qui ne sont pas du tout mauvaises pour la biodiversité), la ville interdit depuis 2018 d’épandre des pesticides dans l’espace public.


Rues végétalisées de La Rochelle




Économiser la ressource en eau


C’est l’un des objectifs affichés par la ville en matière d’éco-gestion des espaces verts. Parmi les moyens déployés : « planter le bon arbre au bon endroit ». Finies les espèces comme le charme ou le hêtre qui sont trop gourmandes en eau. Sur l’emblématique Allée du Mail par exemple, Chantal VETTER nous explique qu’un massif sur deux est composé de plantes vivaces qui demandent moins d’arrosage (bientôt 100% des massifs ?). La ville réfléchit aussi à l’achat de citernes pour multiplier les récupérateurs d’eau de pluie et travaille avec la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) pour voir s’il est possible de récupérer des eaux de la station d’épuration et les recycler. Un travail inter-structures avec le département, la région et l’État car c’est un sujet qui dépasse la simple collectivité.



1%

(seulement) des eaux usées sont recyclées en France. C'est 15% en Espagne et 80% en Israël.




Une attention donnée à l’esthétique


Chantal VETTER explique qu’environ 10% des espaces verts sont particulièrement travaillés, très horticoles, avec une grande liberté créative accordée aux agents de la ville « aux multiples profils et compétences, qui sont de véritables mines d’or de connaissances et qui font un travail remarquable ». Les rochelaises et rochelais (et habitant·e·s des communes alentours) peuvent aller les rencontrer une fois par mois aux serres horticoles de la ville situées à Mireuil. Des espaces verts nourriciers ont aussi fleuri en 2022 : des bacs à légumes ont été installés sur le Vieux-Port, sur les terre-plein et autres massifs habituellement fleuris. Les passant·e·s pouvaient se servir et le surplus a été donné aux associations d’aide alimentaire, soit 539kg de légumes. L’opération a été renouvelée en 2023, dans une moindre ampleur.


Décorations des massifs et parcs de la ville



Un appel à la patience… et au partage d’idées


Chantal VETTER nous confie, presque impatiente elle-même, que (re)donner de la place à la nature en ville est évidemment essentiel mais que ça prend du temps et qu’il ne faut pas que les gens soient déçus en se disant que ça ne va pas assez vite. L’ensemble des projets lancés vont mettre quelques années à devenir concrets. Soit parce que la nature c’est du temps long - il faut aux arbres le temps de pousser - soit parce que la nécessaire concertation et le cadre réglementaire font que les projets prennent du temps à se développer. Elle invite les gens à participer aux réunions publiques ou à faire part de leurs doléances via le site de la ville et certifie qu’une réponse est toujours apportée… sous deux mois. Là aussi, il faut donc faire preuve de patience. Pas toujours simple quand on est face à l’urgence.




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